Conte de Noël

sapin de noel 2

 

Le Jardinier de l’Eden

Clarissa Pinkola Estés?

Conte de sagesse à propos de ce qui ne meurt pas ou de ce qui ne peut mourir.

 

Il était une fois un jeune sapin qui, bien que de petite taille, était grand par son esprit.

Il vivait au cœur d’une forêt entouré d’arbres des plus imposants par leur beauté majestueuse. On les appelle les anciens.

Par un beau dimanche de décembre des parents et des enfants arrivèrent dans la forêt. Ils s’étaient rendus dans ce lieu sur de vieux traîneaux de bois tirés par 2 magnifiques chevaux qui reniflaient, les clochettes de leurs harnais faisaient ding, ding, ding. Pendant ce temps la forêt résonnait de rire d’adultes et d’enfants. Ah ! Ah ! Ah !

Là, les plus vieux se mirent à couper plusieurs sapins de taille moyenne et les emportaient dans leurs traîneaux.

Pendant ce temps, le petit sapin se souvenait d’avoir entendu des chuchotements parmi les arbres les plus hauts et les plus vieux. Ils discutèrent que selon leurs ancêtres, les sapins pris par la hache étaient emmenés vers un endroit merveilleux, un lieu qu’on appelle un foyer.

Là, on les traitait avec un immense respect. Des mains les caressaient et plaçaient leur pied dans de l’eau fraîche et apaisante.

Toujours d’après ce que l’on disait, toute la famille souriante se rassemblait autour d’eux.

On habillait le sapin de petits objets ravissants, comme des boules, des rubans et de lumières de toutes les couleurs. De plus, à la fin on ajoutait des cannes de sucre et des guirlandes fabriqués de bonbons. Vraiment, pour un sapin, c’était la gloire suprême.

Parmi, les arbres les plus âgés, qui savaient de quoi ils parlaient, on racontait que chez les humains concernés par l’évènement, cette période était un moment de joie immense. On appelait ca le Temps des Fêtes

Il y avait de petits enfants beaux comme tout, qui venaient chanter devant le feu de la cheminée qui crépitait dans l’âtre.

Pendant ce temps les hommes et les femmes couraient en tous sens et apportaient au salon toutes leurs provisions afin de les partager avec tout le monde.

De plus les femmes arboraient leurs plus belles robes et les hommes portaient un veston cravate.

C’était tout simplement merveilleux. Le sapin ne rêvait que de cela.

D’une année sur l’autre, notre jeune sapin attendait avec impatience la fin de l’été l’arrivée de l’automne et enfin la venue du bel hiver.

Dès qu’il éprouvait la première morsure de la bise, il se réjouissait. Quel bonheur pour lui, dans son beau manteau vert qui devenait de plus en plus fourni au fil des ans ! Et chaque hiver, les traîneaux arrivaient et l’on coupait les sapins plus grands que lui. Pendant ce temps les enfants, à grands cris, faisaient des bonhommes de neige dans les clairières.

Le petit sapin malgré sa timidité ne pouvait s’empêcher de crier, avec de plus en plus d’assurance chaque année : ‘ Venez, venez ! Choisissez-moi ! J’adore les enfants, j’adore cette fête que vous célébrez. Choisissez-moi SVP..

Hélas, année après année nul ne le choisissait.?Bientôt, comme on avait emporté beaucoup d’arbres autour de lui, il s’aperçut que ses branches ne touchaient plus à aucun proche parent, il se sentit bien seul.

De cette façon, il se retrouva en plein soleil, ce qui fait, qu’il se mit à grandir et à grandir encore et encore.

L’hiver suivant, ils arrivèrent à nouveau, dans un joyeux concert de rires, des chevaux tirant un traîneau où se trouvaient des enfants et des parents. Ils passèrent au trot devant le sapin, car le père se dirigeait vers un épais bosquet qui se trouvait un peu plus loin.

‘ Attends, s’écria l’un des enfants. Regardez celui qu’on vient de dépasser, celui-ci qui est tout seul !.

En l’entendant, le petit sapin devenu grand fut tellement empli d’espoir qu’il se mit à trembler.

‘Oh oui, venez, approchez-vous ! Choisissez-moi ! S.V.P., choisissez-moi. Il se redressa, des racines à la tête, et ébouriffa ses aiguilles pour paraître plus grand et plus fort.

La famille dut l’entendre car le traîneau s’arrêta. Les chevaux firent demi-tour et bientôt les parents et les enfants s’approchèrent de lui, enfoncés jusqu’au genou dans la neige.

‘Voyez comme ses branches sont souples ! s’écria un enfant aux joues plus rouges que des pommes. ‘Voyez comme il vert et brillant. dit la mère. ‘’C’est vrai, dit le père, c’est le sapin qu’il nous faut, ni trop bas, ni trop haut.

Le père alla chercher sa hache dans le traîneau. Au premier coup, le sapin éprouva la douleur la plus vive qu’il eut jamais ressentie.

‘Oh, cria-t-il je tombe !.?Il vacilla. La hache frappa encore et encore, jusqu’à ce que l’arbre coupé de ses racines, tombât en faisant jaillir un geyser de neige.

Beaucoup plus tard, quand il revint à lui, il était sur un petit traîneau, qui oscillait derrière le grand.

Il entendait les clochettes ding, ding, ding sur le harnais des chevaux et des bruits de rires et des voix. La douleur s’était atténuée. Il se souvint vaguement qu’il allait quelque part, en un endroit très important et très beau, un endroit qu’il attendait de voir depuis des jours et des années

Finalement, à la tombée de la nuit, le grand traîneau et la famille s’arrêta devant une maison couverte de neige. Un vieil homme et une vieille femme sortirent.

‘Quel bel arbre ! s’exclamèrent-ils en voyant le sapin.

‘Oh, que c’est bon d’être accueilli se dit le sapin.

Sans doute, je suis à l’endroit où sont venus certains de mes parents depuis des années. J’espère les revoir bientôt..

Avec précaution, les vieilles gens le posèrent ;à terre Ils le tapotèrent de tous côtés, le regard admiratif, puis ils placèrent son pied coupé dans un grand seau d’eau fraîche qui finit par apaiser complètent sa douleur.

Quand ils éteignirent la lumière, le sapin qui aimait l’obscurité profonde de la forêt, se mit à aimer également celle de ce foyer.

Cette pensée fut la dernière avant qu’il s’endorme, heureux, comme le reste de la maisonnée.

Tôt le lendemain matin, il y eut beaucoup de bruit et d’agitation, les uns et les autres se saluant. Bon matin ! … As-tu faim ? d’autres se racontaient les derniers potins.

Le chien se précipitait dans la pièce Yap, Yap, Yap. Suivi par les enfants, puis le père et la mère, puis les grands parents, puis encore d’autres enfants tous des boites dans les mains.

Le sapin attendit, tout excité retenant son souffle. Dedans, il y avait des décorations des boules les plus fines, de toutes les formes de toutes les couleurs. Il y avait aussi des guirlandes de bonbons et de lumières.

On garnit l’arbre de ces décorations, une ici, une autre là, puis Ô merveille, on alluma les nombreuses lumières. Le sapin fut bientôt dans toute sa gloire.

‘Voila donc ce que j’ai entendu les anciens décrire dans la forêt. C’est même plus beau ! s’exclama le sapin.

Les enfants ravis poussèrent des cris de joie Ah ! Ah Ah !

Cette nuit là, une fois les enfants couchés, alors que le sapin sombrait dans le sommeil, les parents pénétrèrent dans le salon sur la pointe des pieds. Ils portaient des cadeaux enveloppés de doux papiers de couleurs et de choux.

Au matin, le sapin s’éveilla en sursaut quand les enfants se précipitèrent dans le salon en s’exclamant : ‘Regardez le bel arbre et les cadeaux qu’il y a au pied ! Ils ouvrirent avec impatience les paquets. Dedans, il y avait des poupées, des peluches et bien d’autres choses.

Pendant ce temps le sapin frémit de toutes ses branches, heureux de participer à une fête aussi belle qu’il l’avait imaginée. Il entendit dire Joyeux Noel … Enfin il connaissait le nom de cette Fête..

A la fin de la journée, les enfants somnolaient sur le tapis, pendant que les parents piquaient du nez de leur côté. Le chat et le chien dormaient eux aussi. Pendant ce temps, le sapin réfléchissait au merveilleux destin qui était le sien et à tout ce qui venait de se passer.

Le lendemain et le surlendemain, le sapin se tint bien droit dans la pièce, même si, à force d’avoir eu ses aiguilles arrachées, il avait un petit air défait.

Tout d’un coup, il vit la plupart des adultes et des enfants monter dans leurs traineaux et s’en aller, il se dit :

‘Ils seront de retour dans la soirée et ils remettront mon pauvre tronc endolori dans de l’eau bien fraîche. Ils me décoreront de nouveau et la fête recommencera.

C’est alors que le père entra, à sa grande surprise, il le dépouilla de ses décorations, puis il l’ôta de son eau et le secoua brutalement. En fin il le traîna en dehors de la pièce.

Stupéfait d’être traité de la sorte, il ne perdit pas espoir.

‘Je me demande dans quelle pièce on va me mettre maintenant.’

Le père de famille se dirigea vers l’escalier de bois. Trainant et tirant sans ménagement le sapin, il monta marche par marche l’escalier. Enfin arrivé sur le dernier palier, il ouvrit une petite porte et jeta le sapin à l’intérieur sans autre forme de cérémonie.

Le sapin poussa un cri qui lui sembla résonner dans toute la maison.

Le sapin dit ‘quelle- est cette obscurité ?.’

Mais nul ne semblait entendre, car le père avait déjà refermé la porte et redescendait l’escalier.?‘Pauvre de moi..’ se lamenta le sapin en tâtant chacun de ses rameaux pour s’assurer qu’il n’avait rien de casse.

‘Qu’ai-je donc fait pour qu’on m’abandonne seul dans un endroit aussi froid ?

Mais personne ne l’entendit. Et pendant des jours et des nuits il resta là.

Une certaine nuit, il aperçut du coin de l’œil, quatre petits points rouges qui brillaient dans le noir. C’étaient les yeux de deux minuscules petites souris qui vivaient dans les murs du grenier.

‘Mes demoiselles, dit-il de sa voix la plus douce, savez-vous quand on va venir me chercher et m’emmener dans la belle grande pièce ?

‘Ve-venir te chercher et t’emmener dans la belle grande pièce ? tu veux rire, tu as de drôles d’idées.

L’autre souris, s’adressa au sapin avec plus de gentillesse :

‘Voyons, cher arbre, tu as eu une belle vie, n’est-ce-pas ?.?Oui, répondit le sapin?Elle lui tapotât le tronc, et lui dit – toutes choses, même les meilleures, ont une fin.?‘Ce temps là doit finir s’écria le sapin..?‘Oui, répondît la petite souris ce temps là est fini, mais un autre commence. Tu verras..?Et tout le long de la nuit les petites souris restèrent auprès de lui,. Elles lui racontèrent des histoires et lui chantèrent toutes les chansons qu’elles connaissaient. Le sapin leur proposa de venir au chaud au creux de ses rameaux. Elles le remercièrent. Et ensemble, ils dormirent.

Au matin, le sapin et les souris furent réveillés par des bruits de pas lourds dans les escaliers. Les deux petites souris bondirent au sol. ‘Au revoir, cher ami, dirent-elles avant de disparaître dans une fissure du mur.

La porte du grenier s’ouvrit et le père de famille s’empara du sapin. En le traînant derrière lui, il descendit l’escalier et franchit la porte d’entrée. Une fois dans la cour, il appuya l’arbre contre une veille souche et brandit une énorme hache. Le fer retomba avec force sur le sapin. Sous la douleur l’arbre crût qu’il allait mourir. Au second coup de hache, il perdit conscience.

Plus tard, quand le sapin revint à lui, il se trouvait dans le coin de la belle pièce. Il avait perdu toutes ses aiguilles et ses rameaux étaient disposés différemment, en petits tas indépendants. Tout près de lui, il pouvait voir assis sur une chaise en face du foyer le vieux couple qui s’était occupé de lui lors de son arrivé. C’étaient eux qui avaient atténué la douleur de son pied coupé dans un seau d’eau fraîche.

Et maintenant ils étaient là, serrés l’un contre l’autre devant le feu. Il se sentit réconforté par le spectacle de cet amour partagé.

Le vieil homme se leva et alla placer une branche du sapin dans le feu. Le sapin comprit qu’elle était sa nouvelle mission : donner de la chaleur à des gens comme ceux-là. ‘Quel bonheur !’

Le sapin, alors se mit à brûler avec encore plus d’ardeur.

‘J’ignorais que j’étais capable de brûler aussi haut, aussi clair, et de remplir une pièce d’une chaleur aussi intense’. Et de prendre autant de plaisir à regarder ses deux anciens et de les aimer de tout mon cœur’. Nuit après nuit le sapin se livra à ce nouveau travail. Il brûlât jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui que quelques cendres au fond du foyer.

Une journée le couple âgé très attentionné, de leurs veilles mains, ramassèrent habilement toutes les cendres du foyer et la placèrent dans un sac destiné à cet usage qu’ils mirent de côté jusqu’au retour du printemps. Le sapin pensa qu’il avait eu l’existence la plus glorieuse qu’il ne pouvait souhaiter.

Dès que la terre se réchauffa, le vieil homme et la vieille femme allèrent prendre le sac de cendres. Ils parcoururent leurs jardins et leurs champs en répandant soigneusement les cendres du sapin sur leurs cultures.

Quelques temps après, quand vinrent les pluies et le soleil du printemps, les cendres du sapin sentirent que tout s’accélérait au dessous d’elles.

Ici et là de minuscules pousses vertes se mirent à percer le sol un peu partout, sous les cendres à travers elles, de sorte que le sapin ne cessait de sourire, ravi de se sentir utile une fois de plus.

J’ignorais totalement, se dit-il que l’on pouvait tomber en cendres et produire ensuite une autre vie nouvelle. J’ai vraiment eu beaucoup de chance.

‘J’ai grandi dans la solitude de la forêt.

J’ai connu des jours et des nuits extraordinaires dans la lumière des bougies parmi les rires des enfants et de leurs parents.

Vint un temps d’obscurité la plus profonde qui a été éclairé par l’amitié de petites souris.

Lorsque j’ai été livré au feu, je me suis rendu compte que mon cœur pouvait offrir une lumière et une chaleur immenses à des gens amoureux.

Vraiment le destin m’a gâté.

Désormais, de mes cendres pousseront tour à tour d’autres vies nouvelles et ainsi de génération en génération à venir.

« Je suis ce qui ne peut mourir « 

 

De tout coeur,  je vous souhaite un merveilleux Noël 

 

 

 

 

 

 

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